Yannick Dabouy : Le profess’Art.

Au milieu du hall d’honneur du Château, entre trompe l’œil et moulures, vous pouvez admirer depuis cette année le travail de Yannick Dabouy. Si l’art fait aujourd’hui partie de sa vie, cela n’a pas toujours été le cas. Rencontre avec cet artiste aux multiples casquettes.

 

Un changement de vie

Marie Gounin : Bonjour Yannick, pourriez-vous m’en dire plus sur votre parcours ? 

Yannick Dabouy : Bonjour Marie ! J’étais fasciné par le dessin depuis tout jeune. En 3ème je passe un concours de dessin pour rentrer à l’école Corvisart à Paris. Le dessin c’est passé, mais pas le dossier scolaire, je n’étais pas très bon élève. Donc pour ne pas rester sans rien j’ai fait de l’hôtellerie. J’ai commencé par faire un apprentissage et j’ai ensuite travaillé dans ce milieu pendant 22 ans. Du service en salle, au traiteur, j’ai touché à tout. Pendant ces années j’ai retapé une maison pour en faire des chambres d’hôtes et j’y ai passé 10 ans. C’est là que j’ai commencé à toucher à la restauration des bâtiments. A 38 ans j’avais fait le tour des métiers de l’hôtellerie et j’ai décidé de faire un bilan de compétences. Là, je me rends compte que mon rêve de gosse d’être artiste est toujours présent.

M.G. : C’est le moment que vous choisissez pour changer de voie en vous inscrivant à l’école de l’Art et des Matières à Rabastens ?

Y.D. : Tout à fait ! Et ça l’a fait tout de suite ! J’ai rencontré lors de mes stages deux personnes en particulier : Jaques Joos et Isabelle Lafitte qui sont artistes restaurateurs de peintures murales à l’Atelier d’Autan à Marquefave. C’est quand j’étais en stage dans leur atelier qu’une réelle passion est née et s’est révélée. A la fin de ma formation ils m’ont proposé d’intégrer l’atelier. J’y ai appris avec eux toutes les techniques de restauration des peintures. Jaques m’a donné la passion de créer, passion qui m’anime toujours autant. Ils sont reconnus dans leur milieu : on leur doit notamment la restauration de la basilique Notre Dame de la Daurade et des Jacobins, à Toulouse, mais aussi celle de la nef de l’église de Gibel.

M.G. : Vous restez 5 ans chez Jaques et Isabelle, quelle a été l’étape suivante ?

Y.D. : Ensuite je suis parti sur Paris, travailler chez mon oncle en tant que peintre en bâtiment pendant un an. L’idée était de suivre des chantiers, de former des équipes. Je suis parisien mais pourtant je ne m’y sentais plus chez moi. J’avais construit ma vie ici dans le sud, ma fille y est. Donc je suis retourné dans la région et j’ai commencé à mettre en place mon travail personnel, mes créations.

L’enseignement, un nouveau défi

M.G. : C’est donc là que le vrai travail commence ?

Y.D. : Voilà. Cela m’a pris 4 ans pour tout mettre en place. Faire un site internet, établir un réseau social professionnel, et toujours créer en parallèle. Il a aussi fallu que je prenne du temps pour trouver mon identité artistique. Au bout de 4 ans le directeur de l’Ecole Européenne de l’Art et des Matières, depuis déplacée à Albi, m’a proposé d’enseigner en tant que peintre décorateur et de créer un niveau supérieur. Il fallu entièrement créer un programme complet d’enseignement de niveau 4 financé par la région avec la collaboration de Patrick Beluriée. Aujourd’hui ce diplôme équivalent à un BAC pro, est reconnu à l’échelle européenne. Nous travaillons actuellement à la mise en place d’autre niveaux.

M.G. : Aujourd’hui, l’enseignement fait partie de votre vie, pourquoi est-ce si important pour vous ?

Y.D : Chaque fois dans mon parcours il y a eu des challenge. L’enseignement en était un. Je venais de cette école. On m’avait donné ma chance, je trouvais donc important d’enseigner là-bas. Tout le monde a un passé plus ou moins difficile, et a plus ou moins été en échec scolaire. Le gros défi à relever est aussi et surtout le défi humain, il faut redonner confiance aux gens en eux-mêmes tout d’abord, et leur expliquer et leur montrer ensuite que tout est possible.

 

L’art comme moyen d’expression

M.G. : Parlons un peu de vous, de votre travail d’artiste, que faîtes-vous ?

Y.D. : J’allie la matière et la peinture. C’est un ensemble de choses, je veux allier la technique de la peinture et la technique de la matière. Je travaille avec de la chaux. La peinture rentre dans l’enduit, mais va aussi par-dessus. J’essaye aussi d’apporter une matière extérieure en fonction de ce que j’ai envie de faire ressortir, du bois, du sable, du métal, par exemple. Ensuite le pigment est posé par-dessus, ce qui donne une vibration particulière à l’œuvre.

M.G. : Quelle est la finalité de votre travail ?

Y.D. : L’objectif est de créer une émotion dans mon travail. Alors je travaille le symbole et j’essaye de lui donner une émotion, à travers la couleur, la matière, l’ambiance. La lumière est très importante également pour créer cette ambiance. L’ambiance lumineuse du lieu où j’expose contribue à donner une ambiance à l’œuvre elle-même.

M.G. : On constate un point commun entre toutes vos œuvres : le jaune. Pourquoi ?

Y.D. : Effectivement. Je laisse toujours une identité jaune sur mon travail. Elle représente une âme, mon âme, portée vers la lumière, c’est une partie de mon histoire. Ce qui dénote un côté religieux et symbolique.

M.G. : Et les titres que vous leur donnez ?

Y.D. : Le titre de l’œuvre, lui, permet d’orienter l’interprétation de celui qui regarde. Quand je crée j’exprime un peu de mon vécu. Les portraits aussi, ils sont basés sur une émotion pure, ou un évènement. L’objectif est de capter un émotion, d’en provoquer une à travers mon travail. Cela peut plus ou moins violent, comme des idées noires, ou encore des émotions un peu particulières mais l’objectif est de ressentir quelque chose.

M.G. : Justement, est-ce que tous les artistes ne veulent pas susciter des émotions ?

Si on sort du côté académique le propre de l’artiste c’est de créer une émotion et d’en raconter une. Après c’est la manière de l’exprimer qui est propre à chacun. On n’est jamais satisfait de son propre travail, on peut toujours faire mieux. Mon travail évolue, je considère que ce n’est que le début. Aujourd’hui je fais beaucoup de matière qu’avant. Quand j’élabore une technique qui me convient j’en fais des séries et je créer jusqu’à épuiser cette technique. Ensuite je refais une phase de recherche, et quand j’ai trouvé, je recommence. Je ne veux pas de limite, je considère qu’un peintre est dans une quête de réalisation personnelle.

 

 

La Séparation

M.G. : Pourriez-vous me parler d’une œuvre en particulier ? La Séparation : si je suis votre logique, l’identité jaune, votre âme, se trouve derrière ce qu’on pourrait interpréter comme un grillage. Que pouvez-vous m’en dire ?

Y.D. : Oui, c’est ça. J’ai eu passé des moments difficiles. On dit souvent qu’être peintre c’est un métier de pauvre. Beaucoup de gens ne croient pas en vous, il faut avoir réellement l’envie. Mais j’ai eu le déclic d’être peintre. Quand on s’écoute profondément on sait ce qu’on veut faire. Mais notre entourage nous contrarie. On nous fait peur, on nous dit que c’est impossible. Et la peur freine les gens dans leur quotidien, et les empêche de faire ce qu’ils veulent. D’être et de devenir qui ils sont vraiment. Nous sommes comme enfermés, entourés de barrières que l’on nous pose. Moi j’étais derrière la barrière et j’ai eu envie de la faire tomber. Je créé ma liberté à travers mon propre travail. Je quitte cette noirceur qui m’empêchait de vivre pleinement. C’est ce que j’ai voulu montrer dans cette œuvre.

M.G. : Où avez-vous pu exposer jusqu’alors ?

J’ai fait différents salons dans la région toulousaine, je suis allé jusqu’à Agen. J’ai exposé dans la galerie Palladion à Toulouse qui est reconnue. Mr et Mme Escoulan sont des bonnes personnes et elles comprennent ce que je fais. Ils sont ouverts à la création et c’est très varié. C’était important pour moi de les rencontrer et de rencontrer d’autres artistes dans le même optique que moi : créer pour exister, pas pour vendre à tout prix.

M.G. : Enfin pour terminer, pourquoi avoir choisi Château Chalabre comme nouveau lieu d’exposition ?

Y.D. : Je ne l’ai pas choisi, c’est lui qui m’a choisi. Comme à la galerie Palladion, je m’y sens bien et je vais où je me sens bien.

Pour plus de renseignements vous pouvez vous rendre directement sur le site internet de Yannick Dabouy, ou le contacter : yannick.dabouy@gmail.com         

 

Marie Gounin

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